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L'info passée au crible
Le 28 février, le Parlement européen a décidé de retirer aux lobbyistes du groupe Amazon leurs accréditations. Cette décision est venue notamment sanctionner l'attitude de l'entreprise américaine. Elle a en effet refusé de prendre part à des auditions consacrées aux conditions de travail au sein de ses entrepôts. L'eurodéputée LFI-NUPES Manon Aubry s'est réjouie d'une telle sanction.
L'occasion pour elle de dénoncer le poids des lobbies au sein des instances de l'UE. Des groupes d'influence qui "sont en train de gangréner la démocratie européenne", explique-t-elle. "Il y a en moyenne 70 lobbyistes par député", ajoute l'élue pour illustrer leur omniprésence.
Le "lobbying" ? Selon une définition mise en avant dans des textes européens, il recouvre les "activités exercées par les représentants d’intérêts dans le but d’influencer l’élaboration ou la mise en œuvre des politiques ou de la législation, ou les processus décisionnels des institutions signataires ou d’autres institutions, organes et organismes de l’Union". Organisations de conférences, d'événements, participation à des auditions, lancement de campagnes de communications… Ce lobbying prend des formes très variées et se serait très largement développé au sein des instances politiques de l'UE. "Dans les années 1980, il y avait moins de 1000 lobbyistes à Bruxelles", a ainsi témoigné auprès de "Toute l'Europe", le coordinateur de l’association Corporate Europe Observatory Olivier Hoedeman.
Qu'en est-il à l'heure actuelle ? Pour le savoir, il est possible de consulter un "registre européen de transparence", né en 2011. Celui-ci a pour objectif "de s’assurer que ceux qui cherchent à entrer en contact avec les institutions européennes déclarent publiquement leurs intérêts et fournissent certaines informations sur eux-mêmes", comme on peut le lire sur son site. L'ensemble des lobbyistes ne s'y inscrivent pas – ils n'y sont pas tenus – mais une grande majorité s'enregistre. En effet, ce statut officiel fournit une série d'avantages : l'octroi d'un badge d'accès (de couleur marron) tout d'abord, permettant de circuler librement au Parlement européen. Mais aussi la possibilité de se voir invité "en tant qu’intervenants aux auditions publiques des commissions", note le site Vie Publique. Il permet aussi d'apporter un soutien et de "participer aux activités des intergroupes et groupements non officiels de députés européens".
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Fin 2022, le registre comptait pas moins de 12.425 structures ou individus inscrits. Un chiffre plus de deux fois supérieur à celui observé dix ans auparavant. Ces structures sont très variées : associations patronales, ONG, universités, syndicats, collectivités territoriales ou encore fondations religieuses. Des instituts de recherche peuvent également en faire partie, tout comme des entreprises privées, à l'instar d'Amazon.
L'infographie qui suit, basée sur des chiffres d'avril 2021, permettait de visualiser l'ampleur du lobbying au niveau des institutions européennes.
Au total, ce sont près de 50.000 personnes qui exercent des activités de lobbying auprès de l'UE. - Registre de transparence européenSi le nombre d'organismes répertoriés oscille autour des 12 à 13.000, ce sont au total quelque 50.000 personnes qui exercent du lobbying. Si l'on rapporte ce volume au 705 eurodéputés qui siègent au Parlement, nous arrivons bien à 70 lobbyistes en moyenne par élu. Ce qui confirme en passant l'estimation fournie par la représentante de la France Insoumise, Manon Aubry.
L'existence d'un registre est souvent présentée comme un gage de transparence. Elle s'accompagne de la mise en place de règles strictes, censées encadrer l'activité des lobbys et leurs rapports avec les élus. Les groupes d'influence sont toutefois régulièrement mis en cause et accusés d'ingérence, voire mis en cause dans le cadre d'affaires judiciaires.
Le dernier exemple en date est très récent. En décembre 2022, le "Qatargate" est venu ternir l'image du Parlement européen, plusieurs élus se voyant soupçonnés de corruption. D'importantes sommes en liquide ont été saisies, tandis qu'une série d'arrestations ont été diligentées par la police. Un scandale qui a notamment poussé à la démission une vice-présidente grecque du Parlement. Peu de temps après, un renforcement de la législation visant à prévenir ces dérives a été décidé, mais il a laissé certains observateurs perplexes quant à sa potentielle efficacité.
Du côté des eurodéputés et de leurs équipes, on constate un rapport assez ambivalent avec les groupes d'influence. Si beaucoup déplorent leur poids et les zones ...
[Courte citation de 8% de l'article original]